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Rencontre avec le PGHM des Alpes-Maritimes


Cela faisait longtemps que nous nous interrogions sur les dangers réels de la randonnée en moyenne montagne : y a-t-il finalement beaucoup d’accidents ? de gens qui se perdent ? d’appels aux unités de secours ?

Nous qui marchons beaucoup n’avons jamais été en situation de détresse…

Alors ? Mythe ou réalité ?

Donc, plutôt que d’écrire un centième article théorique ou de bon sens sur les recommandations avant de partir en randonnée (que vous trouverez quand même sur notre site à la page des conseils), nous sommes partis interroger l'un des spécialistes de la question, en l'occurrence, un PGHM (Peloton de Gendarmerie de Haute Montagne) !

La rencontre a lieu à Cannes-Mandelieu à la Base de la Sécurité Civile, pour interroger le PGHM des Alpes-Martimes…

L’adjudant Raphaël LURION et le gendarme Kévin RAVENEAU nous accueillent.

Nous avons été prévenus : si une alerte retentit, l’entretien sera interrompu. Priorité aux opérations et aux victimes, c’est bien normal…

Après une visite des lieux dont un passage devant l’hélicoptère utilisé pour les interventions, nous attaquons les questions :

PARLONS DE VOUS…

> Quel secteur couvrez-vous ?

Nous couvrons le 06 (notamment le massif du Mercantour), mais nous pouvons être amenés à venir en renfort des équipes du 83 ou du 04, voire de l’espace Schengen si besoin, mais c’est très rare.

Nous sommes par exemple intervenus sur le crash de la Germanwings en mars 2015, qui a mobilisé plusieurs PGHM de la région.

Nous intervenons de jour comme de nuit.

> Combien d’interventions faites-vous par an liées aux pratiquants de randonnée et/ou de trail ?

En 2016, nous avons été amenés à faire 86 sorties de secours en montagne dont 35 pour des randonneurs à pied / trailers / en raquettes. Notre pic d’activité se situe pendant l’été.

> Quel est le profil de l’équipe du PGHM 06 : âge ? Formation ? Nombre ? Est-ce un travail à temps plein ?

Nous sommes 12 secouristes. Moyenne d’âge 35 ans (de 25 à 50 ans). Et nous sommes en majorité des hommes.

Cependant, l’équipe est dirigée par la première femme commandant de PGHM, la Capitaine Sarah CHELPI.

Pour nous tous, il s’agit d’un travail à temps plein : Lorsque nous ne sommes pas en opération, nous sommes en formation ou en entrainement.

Notre formation est multiple : nous sommes Gendarmes, Montagnards (formation PGHM) et Secouristes (PSE2). Nous avons souvent des diplômes civils complémentaires : guide de haute montagne, accompagnateur en montagne, formateur au secourisme ou pisteur secouriste…

Nous sommes tous des passionnés de montagne.

Lorsque nous intervenons, nous avons ces 3 casquettes : gendarme habilité à constater, le cas échéant, des infractions, montagnard et secouriste. Les interventions ayant un volet judiciaire sont rares (15 à 20%) et très peu débouchent sur des procès car la plupart des infractions sont contraventionnelles et certaines peuvent se régler à l’amiable (Ex : collision sur les pistes de skis).

VOS INTERVENTIONS…

> comment démarre une intervention justement ?

Pour faire simple, lors d'une demande de secours, nous sommes généralement contactés par le CODIS (Centre Opérationnel Départemental d’Incendie et de Secours) : il s’agit de la cellule qui centralise les appels de détresse, les identifie et retransmet aux unités spécialisées (tel que les PGHM dans le cas d'un secours en montagne).

Ensuite, c'est au Chef d'Opération de Secours (COS) du PGHM d'astreinte de coordonner les moyens de secours à déployer pour le bon déroulement du secours.

Dès que tous les renseignements nécessaires ont été pris en compte et le briefing réalisé, nous partons.

Depuis la base aérienne de la Sécurité Civile de Cannes-Mandelieu, où deux de nos personnels sont prêts à partir, nous sommes à 20 / 30 minutes de la zone indiquée, sans compter le temps qu’il nous faut pour trouver la victime si la localisation n’est pas clairement déterminée.

Selon la situation (de nuit certaines fois ou lorsque les conditions météo sont trop mauvaises), nous ne pourrons pas intervenir avec le vecteur aérien et l'intervention se fera par la voie terrestre.

En tout état de cause, la victime ou les personnes qui l’accompagnent seront alors maintenues en liaison périodique avec nos opérateurs tant que l’intervention n’aura pas eu lieu.

Notre objectif est de secourir les personnes dans les meilleures conditions pour tous et de ne pas causer de sur-accident qui pourrait mettre en danger les équipes ou la victime elle-même.

> quels sont vos motifs d’intervention les plus courants : malaises ? chutes ? randonneurs égarés ? chaleur l’été / incendies ? froid l’hiver / avalanches ? autres ... ?

Nos interventions, pour des accidents de randonnées/raquette/trail , sont très majoritairement liées à de légers traumatismes (60%) : entorses, fractures… et à des personnes égarées (40%).

> les randonneurs secourus sont-ils majoritairement.... expérimentés / inexpérimentés ? jeunes / âgés ? seuls / en groupe ?

Etre expérimenté en montagne est tout relatif…

Une personne qui randonne tous les week-ends dans l’arrière-pays sera inexpérimentée lorsqu’elle se retrouvera entre 2000 et 3000 mètres d’altitude dans le Mercantour à devoir traverser un névé pentu ou un pierrier. De la même manière, un trailer régulier en bord de mer sera inexpérimenté sur des sentiers d’altitude.

En général, l’âge des personnes que nous secourons se situe entre 30 et 50 ans. Il faut croire que les personnes plus âgées sont plus prudentes (meilleure préparation de leur sortie et meilleure adaptation de leur pratique à leur condition physique)…

Quant à la taille du groupe, elle semble avoir une influence sur le risque de se perdre : un petit groupe reste en général ensemble pendant qu’il marche et s’attend régulièrement. Tandis qu’un grand groupe aura tendance à se disloquer en plusieurs petits groupes, voire à laisser des personnes isolées et à ne pas réaliser qu’il manque des marcheurs. Ce sont des situations que nous rencontrons régulièrement pendant la saison estivale. Nous avons par exemple eu le cas d’un groupe d’une trentaine d’anglais qui se sont retrouvés au final à 4 endroits différents dans le massif du côté de la Madone de Fenestre !

> lorsqu’un accident survient, quelles sont les bonnes réactions : quel numéro appeler (18 ? 112 ?) ? les appels sont-ils clairs / confus ?

Avant tout, il faut RESTER CALME.

Puis appeler un numéro d’urgence :

  • Le 112 est le numéro d’urgence européen. Son avantage est qu’il accroche n’importe quel relai quel que soit votre opérateur.

  • Le 15, le 17 ou le 18 : votre appel sera centralisé au CODIS.

  • Ou directement le PGHM (si vous êtes dans le 06 vous pouvez composer le 04.97.22.22.22).

Les appels reçus sont plus ou moins confus... Il est important de ne pas vouloir tout dire tout de suite et de se laisser guider par l’opérateur. Les informations qui vous seront demandées en priorité seront :

  1. Par quel moyen vous appelez (sur quel numéro vous joindre et type de téléphone)

  2. Qui vous êtes

  3. Quel est le lieu où vous vous trouvez

  4. Quelle est la pathologie / le motif de l’appel

L’opérateur saura vous poser les questions qui lui sont utiles, il faut autant que possible répondre à ses questions sans le noyer d’informations annexes.

Le COS déterminera alors quel type d’intervention est le plus adapté : héliporté, terrestre, médicalisé ou non, etc…

Savoir se localiser est important : si l’on n’a pas de smartphone, c’est souvent compliqué. Il faut alors expliquer verbalement où l’on se trouve, la dernière balise aperçue et son numéro, etc… ce qui n’est pas toujours évident à donner lorsqu’on est en état de détresse.

Si vous avez un smartphone avec géolocalisation activée, par contre, trouver votre localisation sera beaucoup plus simple : l’opérateur vous enverra un sms "urgent" sur lequel il faudra cliquer. Votre géolocalisation sera déterminée en à peine une minute.

> que faire en vous attendant ?

Là encore, il est important de rester calme.

Il faut d’abord prendre soin de la victime et appliquer les gestes que l’opérateur vous conseillera : comme par exemple lui donner de l’eau, l’envelopper dans une couverture de survie, la mettre en position assise ou allongée etc…

> les randonneurs sont-ils suffisamment formés au PSC1 ou serait-ce à généraliser ?

De manière générale, les randonneurs ne sont pas suffisamment formés au PSC1. Cette formation, accessible à tous, permet entre autre de savoir lancer une alerte, protéger la victime et pratiquer les gestes de premiers secours. Elle peut bien sûr être utile en randonnée mais aussi dans la vie de tous les jours.

Il faut savoir que les acteurs les plus importants sur une situation d’urgence sont les personnes qui en sont témoins : Leur rôle est d’appeler au plus vite les secours et de maintenir la ou les victimes dans un état stable avant l’arrivée des secours. Si ces gestes d’urgence n’ont pas été faits ou mal faits, les secouristes arriveront sur une situation dégradée souvent beaucoup plus grave que si vous aviez correctement réagi.

> une fois que vous êtes sur place, que faites-vous des autres randonneurs qui vont bien ? les laissez-vous, l’urgence étant la prise en charge du blessé ?

Nous n’abandonnons personne en situation de détresse. Une fois la victime principale prise en charge, nous discutons avec le reste du groupe pour savoir s’il peut et veut continuer la sortie...

> voulez-vous faire passer des messages de prévention :

- bien préparer sa rando (évaluer sa difficulté vs. condition physique, reconnaitre le parcours sur la carte, ....)

- avoir sa carte IGN, son téléphone, un bon équipement, une couverture de survie...

- prévenir ses proches

- partir à plusieurs plutôt que seuls

- ... ?

De manière générale, nous constatons que les messages de prévention sont bien connus par les pratiquants de randonnée et également, que le matériel utilisé est de bonne qualité et adapté au sport qu’ils pratiquent.

Un des points sur lequel on peut insister, c’est l’importance de prévenir un proche avant de partir en indiquant l’itinéraire et l’heure à partir de laquelle il faut s’inquiéter.

Pour les randonnées en raquettes, nous conseillons de s’équiper d’une pelle, d’une sonde et d’un DVA (nom générique d’un ARVA)… et de s’être entrainé à les utiliser avant de partir afin entre autre de savoir se mettre en position émetteur ou récepteur.

Les indispensables à avoir dans son sac (été comme hiver) sont :

  • la trousse de secours,

  • la couverture de survie (qui permettra de maintenir la température corporelle mais permettra aussi à l’hélicoptère de vous repérer de loin),

  • et ce que nous appelons le « fond de sac » : une paire de gants, un bonnet, un vêtement chaud, de la nourriture et de l’eau afin de pouvoir passer une nuit dehors en cas de gros problème… Il faut garder en tête qu’il peut neiger en altitude même en été.

> quel est le coût d’une intervention ? pour le randonneur ? pour l’Etat ?

En France, sur le domaine public, le secours aux personnes est gratuit.

Pour l’Etat, l’intervention héliportée coûte en moyenne entre 4000 et 4500 EUR de l’heure.

L'exemple inverse se situe sur les pistes de ski de certaines stations, la prise en charge des blessés est assurée par des équipes privées (pisteurs). Celle-ci sera alors facturée aux victimes.

Mais nous le répétons : sur les sentiers de randonnée, le secours aux personnes est totalement gratuit.

Comme beaucoup de gens n’en ont pas conscience ou hésitent à faire appel à nous pour ne pas déranger, ils contactent le numéro d’urgence alors que la situation initiale s’est fortement dégradée : il fait nuit, le blessé a perdu connaissance, etc…

Il faut savoir que le COS du PGHM saura comment prioriser les situations graves, faire appel aux équipes terrestres ou assigner l’hélicoptère aux situations d’urgence qui en nécessitent l’emploi.

Il ne faut pas hésiter non plus à appeler un numéro d’urgence si l’on tombe sur une personne en détresse ou désorientée, votre interlocuteur saura prendre les informations utiles selon la situation que vous lui décrirez.

> pour les randonneurs connectés, avez-vous des applis smartphone à conseiller ?

Il existe beaucoup d’applications smartphone très utiles en randonnée car basées sur la géolocalisation. Bien sûr, il faut s’être entrainé à s’en servir avant de se reposer dessus.

> nous avons un chien et sommes suivis par bon nombre de canirandonneurs : avez-vous un message spécifique à leur faire passer ?

Les interventions où un animal est à prendre en compte sont très rares…

Comme la prise en charge de l’animal ne doit pas mettre en danger la victime et l’équipe de secours, il n’est pas garanti que nous pourrons l’hélitreuiller. Récemment cependant, nous avons pu prendre en charge le petit chien d’une victime car il rentrait dans le sac de secours une fois celui-ci vidé. Lorsque l’opération a été terminée, il a fallu aller récupérer l’équipement jeté à terre par voie terrestre…

La prise en charge de l’animal ne doit pas se faire au détriment de la sécurité de la victime, des équipes de secours et de la sécurité dans l’hélicoptère. Dans tous les cas, c’est le pilote qui a le dernier mot.

IL EST 16h20, LA SIRENE RETENTIT, L’ENTRETIEN S’INTERROMPT….

Calmement, Raphaël et Kévin nous expliquent qu’il va falloir mettre un terme à notre discussion. Une personne a besoin d’être secourue. Ils nous invitent à les suivre en salle de briefing…

Tout se déroule dans une ambiance sereine et maîtrisée…

Une personne s’est tordu le genou en ski de randonnée dans le secteur de Giallorgues sur la commune de Saint Dalmas le Selvage, le jour est sur le point de tomber, il faut partir. Nous les laissons à leurs préparatifs mais suivrons leur départ jusqu’à l’envol de l’hélicoptère.

Nous apprendrons quelques jours plus tard que leur intervention s'est bien déroulée malgré l'heure tardive de l'alerte et au vu de la distance qui les séparait du lieu de l'intervention. Celle-ci s’est terminée de nuit.

… Pour nous, une bien belle rencontre avec des hommes d’exception !

Nous essaierons l’année qui vient de mettre à l’honneur d’autres acteurs qui permettent à nos montagnes et à leurs habitants de concilier tourisme, pastoralisme, randonnée et art de vivre.


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